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Brèves 21/12/2022 : audition Proglio, accélération des EnR, débridages nocturnes etc...

Dernière mise à jour : 5 janv. 2023



Audition de M Proglio par Michel Gay 17 décembre 2022

L’audition édifiante de l’ancien Président d’EDF Henri Proglio (de 2009 à 2014)

Comment en est-on arrivé là ?...

Deux acteurs principaux, l’Europe et le gouvernement français, ont conduit la France dans la désastreuse situation énergétique actuelle.


Extraits de l’audition (2 heures) d’Henri Proglio le 13 décembre 2022

devant la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France


EDF : une formidable aventure

(…)

En 2009, j’ai été très fier d’arriver à la tête d’une formidable entreprise (EDF) avec un chiffre d’affaires d’un petit 90 milliards, connue dans le monde entier pour sa pertinence et son efficacité, avec des caractéristiques financières très satisfaisantes.

EDF est le premier opérateur européen et probablement mondial si on excepte la Chine.


EDF a été le résultat d’une formidable aventure, d’une vision, et d’une volonté, celle d’un gouvernement qui en 1946 a considéré que l’énergie, et donc l’électricité, était un élément essentiel de la vie économique, et qu’il était donc important de la considérer comme stratégique.

(…)


Le gouvernement de l’époque s’est lancé 3 défis majeurs :

1) Le défi de l’indépendance énergétique,

2) Le défi de la compétitivité du territoire,

3) Le défi du service public de l’électricité accessible à tous, avec la même qualité et au même prix.

C’était un défi incroyablement exigeant adossé à un choix technologique clair : l’hydraulique et le nucléaire.

Il y a eu une vision à long terme et une volonté claire d’aboutir, et c’est ça qui a donné naissance à cette aventure industrielle.

(…)

La destruction : pourquoi ? Comment ?


EDF était un architecte ensemblier et l’opérateur du service public de l’électricité. C’était un système intégré, cohérent, et optimisé comprenant la production, le transport et la distribution.

Au début du XXIème siècle, EDF est exportateur d’énergie, avec une électricité la moins chère d’Europe (deux fois et demi moins cher que l’Allemagne), un contrat de service public qui fait référence dans le monde, et elle donne à la France un atout formidable en matière de gaz à effet de serre.

Les quatre paris ont été relevé, il n’y avait plus qu’à tout détruire… C’est chose faite !


Pourquoi ? Comment ?

Puisqu’on était arrivé à l’asymptote, comment en est-on arrivé à la situation actuelle ? Je vois deux acteurs principaux : l’Europe et le gouvernement français.


Le premier acteur : l’Europe


Toute la réglementation européenne depuis 10 ans ne visent que la désintégration de l’entreprise EDF.

Cette Europe qui a pris comme axe idéologique quasi-unique la concurrence qui bien sûr, « fait le bonheur des peuples »… On voit ce que ça donne en matière d’énergie.


Cela s’est traduit concrètement pour EDF :

1) Par la mise en concurrence des barrages. Formidable idée, un barrage étant essentiellement un outil d’optimisation du système électrique puisque c’est le seul moyen de stockage intelligent et efficace qu’on ait aujourd’hui. Un barrage sert d’abord à stocker beaucoup plus qu’à produire. La mise en concurrence consistait à supprimer le stockage. C’est génial. Les barrages appartiennent à l’Etat et sont gérés par EDF. L’Etat avait envisagé d’obéir à la doctrine européenne et de mettre en concurrence les barrages. Rien n’a encore été conclu, mais rien n’est réglé. On reste en lévitation… On sera sanctionné sans doute.


2) La deuxième loi géniale, c’est la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) qui consiste à imposer à EDF la vente à prix cassé, puisque inférieur au coût de revient, de 25% de sa production électronucléaire à ses propres concurrents pour qu’ils puissent vendre leur énergie aux clients d’EDF. Ça a très bien fonctionné, ils sont devenus riches. C’est d’une pertinence absolue et je l’ai dénoncé pendant des années avec l’efficacité que vous voyez.


3) Pour couronner le tout, il fallait définir un prix de marché qui a été indexé sur le prix du gaz.


Pourquoi alors qu’on n’en utilise pas ?

Parce que les Allemands utilisent le gaz, et que toute la démarche est allemande, et que la réglementation européenne est allemande.

L’Allemagne a choisi l’industrie comme axe majeur de son économie et « l’Ostpolitik » pour son développement. C’est clair et cohérent pour l’Allemagne. Ils ont tenté leur « Energiewende » (la transition allemande) qui s’est transformée en catastrophe absolue puisqu’elle s’est traduite par un affaiblissement des opérateurs allemands quasi en ruine.

Comment voulez-vous que ce pays qui a fondé sa richesse, son efficacité, sa crédibilité sur son industrie accepte que la France dispose d’un outil compétitif aussi puissant qu’EDF à sa porte ?


L’obsession des Allemands depuis 30 ans, c’est la désintégration d’EDF. Ils ont réussi !


Tout ça va dans le sens de la désoptimisation du système auquel nous avons droit aujourd’hui.


Le deuxième acteur : le gouvernement


Le deuxième acteur est la politique nationale française. Là, on a assisté à la recherche pathétique d’un accord électoral avec un parti antinucléaire. On en voit les prémisses dès 1997-1998 avec l’abandon de la filière des réacteurs à neutrons rapides qui remettait en cause la logique du système nucléaire français.

Ensuite, il y a eu la formidable campagne de communication de Fukushima avec les 20.000 morts qui n’ont jamais existé puisqu’on a confondu le tsunami et l’accident.

Et puis l’apogée avec la campagne (présidentiel) de 2012 avec son cortège de joyeuseté. La fermeture annoncée de 28 réacteurs nucléaires, rien que ça, qui s’est transformé par l’engagement de fermeture de Fessenheim, et l’abaissement à 50% de la part du nucléaire dans le mix électrique.


J’ai assisté à la mise au point d’une théorie absurde qui m’a été imposée avec beaucoup d’insistance par les pouvoirs publics : la théorie de la décroissance électrique. Il fallait considérer que la demande électrique allait baisser en France, et que par conséquent il fallait diminuer la puissance du nucléaire surpuissant.

Conséquences : baisse des efforts de recherche, le désalignement des stratégies des entreprises dépendant de l’Etat, AREVA, CEA, et EDF mus par des courants divergents, avec comme corollaire l’affaiblissement global du système et les difficultés de recrutement qu’on a connu dans ce paysage où le nucléaire était considéré comme infâme et sans avenir.

Comment voulez-vous recruter des gens compétents dans ces conditions où, en plus, les salaires sont moins élevés que dans la finance ou dans le privé ?


Voilà la situation. Rien n’est jamais désespéré, mais les choses ont été très abimées.

Le constat s’impose à nous alors qu’on le voyait depuis des années, et que je l’ai dénoncé depuis très longtemps.


Que faire pour redresser la situation ?


Il faut se consacrer à des sujets et actions prioritaires. La réflexion est faite, c’est l’action qui doit aujourd’hui être menée.

Donnez la priorité au développement de l’hydraulique. Il y a encore des opportunités d’accélérer dans l’hydraulique en France.


Faisons ce qu’il faut pour sécuriser la durée de vie du parc nucléaire existant.

Si on faisait l’un et l’autre on pourrait progressivement redresser la barre et se donner le temps de relancer le nucléaire parce qu’il faudra 10 à 15 ans.


Voilà quelques explications sur ce que j’ai vécu.


Extraits des questions des députés et des réponses d’Henri Proglio

(…)

Je me suis battu sans relâche pour obtenir l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique) à 42 € alors que mes interlocuteurs proposaient 39€, voire 36€. Aucune évolution n’a évidemment été prise en compte depuis.

Dans mon combat en 2012 contre les administrations réputées compétentes, j’ai laissé filer la réglementation thermique 2012 tant le combat sur l’ARENH était compliqué. Je me suis dit, tant pis je sacrifie ce combat-là qui conduit aujourd’hui à une catastrophe qui favorise totalement le gaz.

Ce prix (42€) a été fixé par voie autoritaire au bout d’un combat très inégal puisque j’ai essayé de défendre le bon sens, donc j’étais dans le mauvais camp. Le principe même de ce prix de cession était absurde. Le principe pour un industriel d’accepter de céder sa propre production à ses concurrents virtuels qui n’ont aucune obligation de production eux-mêmes. C’est quand même surréaliste. On a fait la fortune de traders, pas d’industriels.

On n’a pas de concurrents, ou si peu. Quelques éoliennes dispersées aux quatre vents et quelques champs photovoltaïques, vous voyez l’aspect risible du sujet.

Et vous voyez des campagnes de communications de ces traders qui prétendent vendre de l’énergie verte. On a assisté à ça pendant des années avant que le client qui s’est laissé abuser finisse par se rendre compte du fait qu’il n’avait plus de garantie.


Où est le service public de l’électricité qui nous a tant et tant récompensé ?

Pourquoi l’avoir abattu ?

Pourquoi est-ce à l’Etat aujourd’hui de faire les compensations nécessaires pour que les gens à faible revenu puissent accéder à l’électricité ?

Tout ça était prévu !

(…)


J’ai vécu tous les chantages. Le seul chantage qui m’obsède est l’intérêt de la France.

Pourquoi prendre la France en otage sur ce genre de réglementation absurde ?

Comment on explique cette réglementation ?

Je voudrais qu’on réponde simplement à cette question : pour qui et à quoi servent ces réglementations ? Quel est le but ?

On me répondait : « on fait le bonheur du peuple ! La libre concurrence ! »

Mais il y a un seul producteur, camarade !


Il était clair que ça allait se traduire par un désastre. On y assiste aujourd’hui.

(…)

Question : Prévisions de la décroissance. Avez-vous le sentiment que RTE a contribué à abonder cette théorie avec des études supposées techniques ?


Réponse : Les extrapolations des technocrates étaient d’un manque de réalisme total. Ils sont nombreux, il faut qu’ils s’occupent à faire des extrapolations. Mais comment voulez-vous l’expliquer à quelqu’un de bon sens ?

Si on avait mis un artisan boulanger à la tête de la direction général de l’énergie, il n’aurait probablement pas réagi comme ça.

(…)

Le chiffre de 50% de nucléaire dans le mix énergétique s’est construit totalement au doigt mouillé en disant on va baisser la part du nucléaire de 75% à 50%. Personne ne l’a jamais estimé autrement que comme ça ! On en a déduit qu’il fallait réduire le nombre de réacteurs…

Par contre, personne n’a jamais su d’où venaient les autres 50%...

Il y a bien l’hydraulique qui est une très belle énergie renouvelable stable. Le reste du renouvelable, c’est l’expérience allemande. Ils ont investi 500 milliards d’euros dans le renouvelable. 500 milliards d’euros ! On en voit l’efficacité…

(…)


EDF était le chef de file du nucléaire français. Le nouveau gouvernement de l’époque a dit « pas du tout, c’est le premier ministre » (Jean-Marc Ayrault). Il organisait des réunions à Matignon de répartition des rôles du nucléaire à l’international. Ubu roi…

J’ai assisté à des réunions hautes en couleurs…

(…)

La dérive d’AREVA vient de la vanité. AREVA avait sa mission : Chaudronnier et gérer des centres de retraitement. Concevoir et vendre des réacteurs, ce n’était pas son métier. On a vu les conséquences de cela dans la conception de l’EPR et dans la réussite phénoménale d’Olkiluoto qui a cloué le cercueil d’AREVA.

(…)

On oublie de mentionner qu’EDF a financé tout le programme nucléaire français et l’endettement d’EDF était parfaitement acceptable.

(…)

2014, c’est 78 milliards de chiffres d’affaires, 17,5 milliards d’EBITDA, 3,75 milliards de résultat net après impôts. C’est le meilleur résultat d’EDF dans toute sa vie.

EDF était en pleine forme malgré toutes les vicissitudes venant à la fois de la réglementation française et européenne, des lois NOME et compagnies. Evidemment, ça abime durablement les performances de l’entreprise et on en a vu les conséquences.

(…)

Une préoccupation de fond qui était le sujet du renouvellement des cadres du nucléaire auquel on n’a pas réussi à apporter une vraie réponse. Le désamour du nucléaire dans l’opinion publique et dans les médias, et le fait de respecter une norme de rémunération exigeante.

(…)

J’ai alerté sur les dangers de l’ARENH suite au rapport Champsaur et j’ai eu une réponse politique : « je comprends, je comprends,… ». Il arrive un moment où la décision l’emporte sur la réflexion.

Cette mesure (l’ARENH) était inique et était destinée à casser une entreprise comme EDF. Je déplore qu’elle ait été acceptée par le gouvernement français sous la pression bruxello-allemande.

J’ai alerté le politique pendant toute ma période de responsabilité.

(…)

J’ai négocié avec les pouvoirs publics au plus haut niveau une pente tarifaire pour avoir une visibilité sur les augmentations successives. C’est mieux pour tout le monde. (…)

J’ai obtenu une pente tarifaire de mon interlocuteur mais, quelques mois plus tard, elle a été cassée par la nouvelle ministre.

C’est un métier où on gère le temps long. Les investissements sont amortis économiquement sur 40, 50, 60 ans, et même 100 ans pour les barrages. Avoir des ministres dont la durée de vie ne dépasse pas 9 mois est difficile à gérer. Chaque ministre est demandeur de communication et d’attacher son nom à quelque chose qui soit populaire. Refuser d’augmenter l’électricité est effectivement populaire à court terme. J’ai eu droit à ça aussi.

(…)

Question : Selon le rapport Foltz, l’EPR de Flamanville est estimé en mai 2006 à 3 milliards d’euros avec une mise en service prévue en juin 2012, puis le coût passe à 5 milliards d’euros en juillet 2010 avec un couplage prévu au réseau en 2014 et, en novembre 2014, on est à 9 milliards d’euros et un démarrage prévu en 2017. Pouvez-vous expliquer ce qui s’est passé ?


Réponse : Malheureusement oui. L’EPR est un engin beaucoup trop compliqué, quasi-inconstructible. La dérive d’organisation du système nucléaire et la prédominance d’AREVA dans ce dispositif pour des raisons non techniques et absurdes font que c’était le seul outil disponible dans notre univers.

(…)

Il y a un vrai problème de l’EPR. J’ai changé les équipes, je n’ai pas réussi à changer l’EPR.

Il y a la conjonction de deux phénomènes : la complexité du design de l’EPR qui est totalement à revoir, et la filière nucléaire française qui n’a plus construit de réacteur depuis 20 ans.

Il fallait refaire un nouveau design qui allait nous prendre 10 à 12 ans de mise au point.

Il se construit 10 réacteurs par an en Chine et les Russes ont environ 40 réacteurs en commande, et je pensais que, en attendant un nouveau réacteur, nos entreprises pouvaient travailler avec les Russes et les Chinois. On en connait la suite.

(…)

Il y a un déficit d’expérience des sous-traitants dans la construction. L’effet de série qui avait tellement réussi à la France, on a construit jusqu’à 5 réacteurs par an, a eu un effet extrêmement positif sur la filière. Le fait de n’en avoir pas construit depuis 15 ans a eu un impact extrêmement négatif sur la filière (BTP, industrie lourde, chaudronnerie). On en voit les conséquences aujourd’hui.

(…)

La France n’est pas un pays où le renouvelable à une place considérable à prendre.

(…)

EDF est un ensemblier et un opérateur : 180.000 collaborateurs. L’essentiel des travaux sont sous-traités.

L’impact de la masse salarial (11%) sur le résultat est très faible. Si on regarde EDF société mère (production et recherche soit l’essentiel de ce qui reste aujourd’hui chez EDF), on descend à 9%. Faire 10% d’économie sur la masse salariale d’EDF, l’impact sur le résultat est très faible.

(…)

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de concurrence dans le nucléaire qu’il ne faut pas payer les gens plus qu’ils n’acceptent de l’être. Ce n’est pas comme ça qu’on les recrute non plus. J’ai essayé de corriger le tir ce qui m’a valu une remarque acerbe de la Cour des comptes : « Proglio achète la paix sociale ».

Il faut avoir ça en tête quand on parle d’un sujet à horizon long terme. La compétence de demain, c’est aujourd’hui qu’on la construit. On a perdu des gens, on continue à en perdre. Il faut savoir reconnaitre les mérites et les talents des gens, et pas uniquement en termes de concurrence. Ce n’est pas par le nombre mais par le talent qu’on construit une aventure.

(…)

Je suis convaincu qu’on peut gagner entre 10% et 15% de capacité hydraulique, ce qui peut être extrêmement important pour les années à venir.

(…)

(Diner d’Henri Proglio en 2012 en Allemagne à la foire de Hanovre avec Angela Merkel)

Elle m’a dit : « Je suis une scientifique d’Allemagne de l’est, je crois totalement au nucléaire » mais il fallait qu’elle bâtisse un accord de coalition. Elle a donc ouvert une négociation avec les Verts conservateurs allemands. Chez les Allemands il y a des Verts conservateurs et des Verts de gauche, ce ne sont pas les mêmes. Pour boucler ces négociations, elle a lâché le nucléaire. Elle me l’a dit :« Je l’ai fait pour des raisons politiques, pas du tout techniques, ni scientifiques ».


L’Allemagne est consciente de ses propres intérêts. Personne en Allemagne ne parle du couple franco-allemand. Il n’y a qu’en France qu’on parle du couple-franco-allemand. (…)

Je pense qu’on n’a rien lâché contre le sacrifice d’EDF. Je n’ai pas connaissance de contreparties.

Je ne vois pas pourquoi la France ne prend pas l’initiative, comme l’Espagne et le Portugal, de sortir du marché européen de l’énergie.

(…)

On ne peut pas rendre monsieur Montebourg responsable du démantèlement d’Alstom. Il a démissionné à cause de cela. On ne peut pas le rendre complice de cette action. Il était révolté contre la vente d’Alstom aux Américains. J’en ai été le témoin.

(…)

J’ai essayé de sauver Photowatt parce que c’était la dernière entreprise européenne et française dans le domaine du photovoltaïque, et j’ai considéré que c’était de mon devoir d’essayer de la sauver. Encore fallait-il obtenir que Photowatt ait une petite priorité dans l’installation des parcs PV, ce qui n’a pas été le cas, et donc aujourd’hui, tout est chinois. On s’en satisfait. Il n’y a pas eu de stratégie de filière française. Elle n’a pas existé.

(…)

Que Suez ait obtenu dans les arbitrages ministériels de construire un EPR à Penly était psychédélique. J’ai réussi à le faire comprendre. On aurait un EPR de plus, et ça aurait été encore pire fait par Suez qui n’avait aucune centrale nucléaire en dehors des Belges dont ils avaient hérité par Electrabel dans son patrimoine. On a enterré Penly avec les honneurs dus à ses promoteurs.


Fessenheim : ne remuez pas le couteau dans la plaie… J’ai demandé à l’Etat 8 milliards de compensation. (…) EDF a obtenu 400 millions. No comment, je n’étais plus là.


Avant mon arrivée, EDF avait un slogan : « nous vous devons plus que la lumière ». Ça m’avait marqué parce que pour une fois une entreprise disait qu’elle devait quelque-chose. C’est ça le contrat de service public, on vous doit quelque chose, et plus que la lumière. Je trouve que c’était un bon résumé. J’aurais dû garder ce slogan.

(…)

Il est hors de question que la France se prive de ses barrages. La France doit dire à l’Europe « niet ». D’où sort cette absurdité ?

Ça serait un gâchis épouvantable en termes industriel et économique. Il faut simplement dire non, quitte à payer des amendes. Il appartient à ce pays de faire valoir ses intérêts vitaux.

(…)

Nous avons perdu le marché (20 milliards de dollars) d’Abu Dhabi parce que la France s’est mal organisée, c’est tout. Ni plus, ni moins. C’est simplement un échec pour la France.

(…)

La Russie : le nucléaire n’est pas sous sanction.

On se réunit de temps en temps dans un conseil consultatif (un Espagnol, un Italien, un Japonais, un Russe et moi) pour parler des nouvelles technologies nucléaires, et notamment des petits réacteurs.

EDF et le nucléaire français continuent de travailler avec le nucléaire russe et devra encore durablement travailler avec le nucléaire russe, et chinois.



Note du rédacteur : Cette audition de 2 heures (dont les extraits les plus saillants sont reproduits dans cet article) est édifiante sur les pratiques et la courte-vue de certains politiciens et technocrates français et européens pour « faire le bonheur des peuples ! »


Le compte-rendu écrit complet sera probablement publié vers fin décembre 2022 ou début janvier 2023.


Energies renouvelables

Les États membres sont parvenus à un accord sur un mécanisme de plafonnement du prix du gaz. Ils ont également validé les mesures d'urgence pour accélérer le développement des énergies renouvelables.

Chaque État membre définira des zones propices pour l'accueil des ENR avec des enjeux environnementaux limités.

Lors du Conseil européen du 19 décembre, plusieurs accords très attendus sont intervenus pour accélérer le déploiement des énergies renouvelables et plafonner le prix du gaz. La Commission européenne avait présenté, en octobre, un volet de mesures pour répondre à la crise énergétique à court et moyen terme.

Des zones de déploiement accéléré pour les ENR

Les États membres ont validé les mesures proposées par la Commission, dans le cadre de RepowerEU, visant à simplifier le développement des énergies renouvelables. Chaque État définira, dans un délai de trente mois, des « zones propices » pour l'accueil des ENR avec des enjeux environnementaux limités (hors zones naturelles protégées). Dans ces zones, les processus d'autorisation seront simplifiés et raccourcis, avec notamment une évaluation d'impact sur l'environnement simplifiée à l'échelle de la zone, et non au cas par cas pour chaque projet. En contrepartie, des mesures d'atténuation devront être prises pour compenser les éventuels dommages environnementaux. Ces zones seront définies comme présentant un intérêt public majeur, afin de limiter les recours juridiques possibles.

Dans ces zones, les délais d'octroi des autorisations ne devront pas excéder un an pour les projets renouvelables terrestres, deux ans pour les projets en mer. Pour les opérations de repowering de parcs existants, l'installation de nouvelles capacités inférieures à 150 kilowatts (kW) et de capacités de stockage associées à une unité de production, les délais doivent être limités à six mois (un an pour les projets en mer). Pour le photovoltaïque, ils sont limités à trois mois.

Hors de ces zones, les délais d'instruction ne devraient pas dépasser deux ans pour les projets terrestres et trois ans pour les projets offshore.

Pour accélérer les démarches, le principe du « silence vaut accord » pourra être appliqué pour les étapes intermédiaires. Cependant, une décision explicite finale devra être donnée pour les autorisations.

En revanche, les États membres n'ont pas souhaité rehausser l'objectif d'au moins 40 % de renouvelables dans la part d'énergie produite dans la consommation finale brute d'ici à 2030, alors que la Commission proposait 45 %.

Un mécanisme temporaire pour limiter les prix du gaz

Un accord politique a également été trouvé pour la mise en place d'un mécanisme temporaire de plafonnement des prix du gaz. Ce mécanisme, activé automatiquement, doit protéger des envolées des prix. Il entrera en vigueur le 15 février 2023. Il ne s'appliquera pas aux échanges journaliers et infra-journaliers, ni aux contrats de gré à gré.

Concrètement, le mécanisme sera activé lorsque, pendant trois jours ouvrables, le prix du mégawattheure (MWh) dépassera 180 euros sur le marché de gros TTF (title transfert facility), et que l'écart entre le TTF et le prix mondial du gaz naturel liquéfié (GNL) sera supérieur à 35 euros. Dans cette situation, les transactions pour des contrats à terme sur le marché de gros seront interdites pendant au moins vingt jours ouvrables.

Ce mécanisme sera levé en cas d'urgence régionale ou européenne décrétée par la Commission européenne, notamment en cas de risques sur l'approvisionnement en gaz. Plusieurs situations ont été définies : augmentation de la demande en gaz de 15 % en un mois ou de 10 % en deux mois, diminution significative des importations de GNL ou chute significative des volumes d'échanges sur le marché TTF.

Des investissements ciblés dans les plans de relance

Enfin, les négociateurs du Conseil et du Parlement européens sont parvenus, le 14 décembre, à un accord politique provisoire sur les plans nationaux de relance, dans le cadre de RepowerEU.

L'accord prévoit que les États membres pourront, dans leurs plans nationaux, ajouter des mesures pour financer des investissements et les réformes nécessaires pour répondre à la crise énergétique actuelle, avec un effet rétroactif au 1 février 2022.

Ces mesures devront permettre de réduire la demande d'énergie en renforçant l’efficacité énergétique des bâtiments et des infrastructures énergétiques critiques, en décarbonant l'industrie, en soutenant les transports à émissions nulles et leurs infrastructures, tout en luttant contre la précarité énergétique. Elles pourront également diversifier l'offre à court et long terme en développant le biométhane et l'hydrogène bas carbone, en accélérant le déploiement des énergies renouvelables, en améliorant les infrastructures et installations énergétiques liées au gaz et au pétrole pour répondre aux besoins de sécurité d'approvisionnement immédiats ou en supprimant les goulets d'étranglement sur les réseaux énergétiques.

Ces mesures pourront être soutenues par le Fonds pour l'innovation et la vente de quotas carbone, pour une enveloppe globale de 20 milliards d'euros.


Pour info,

Shell vient de remporter un appel d’offre pour un parc éolien offshore a 53km de cotes hollandaises…. Ce matin annonce.

Mais en France….Ce n’est pas possible.

L’emplacement a été aussi choisi selon les promoteurs pour ne pas interférer avec les courants migratoires des oiseaux.

Mais en France…Ce n’est pas possible.

Offshore Wind – Netherlands – 760 MW. Ecowende, a JV of Shell and Eneco, has won the tender to build an offshore wind farm at Hollandse Kust (west) lot VI. The installed capacity will be c. 760 MW. Located c. 53 km off the Dutch coast, it is due to be operational in 2026.

Note that Ecowende aims to set a new ecological benchmark: placing wind turbines a greater distance apart to create a corridor for birds to fly through

Source: Oddo.


La DGEC accepte le débridage nocturne des éoliennes en janvier

@Parc éolien des Genêts

Examiné ce matin par le Conseil supérieur de l’énergie (CSE), le projet d’arrêté autorisant le débridage acoustique diurne et en janvier prochain des éoliennes, promis par la circulaire ministérielle du 16 septembre, a fait l’objet de plusieurs propositions de modifications de la part de France Energie Eolienne (FEE), du Syndicat des énergies renouvelables (SER) et d’EDF. Elles visaient à prolonger ce débridage pendant la nuit, la FEE et le SER demandant même une extension jusqu’à fin mars 2023.

Ces amendements, consultables ci-dessous, ont été largement approuvés par les membres du CSE. La Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) a délivré un avis favorable pour un débridage nocturne, de 20h30 à 7h00,



La presse et les médias n’en ont que peu parlé. Cette question pourtant si essentielle peut être posée à la lumière des déclarations tonitruantes intervenues le 15 décembre 2022 du haut-commissaire à l’Énergie atomique, Patrick Landais devant la commission d’enquête de l‘Assemblée nationale.

Celui-ci s’est montré sans appel et a mis clairement en cause l’action du gouvernement en la matière, à savoir en substance : « Depuis quatre ans, bien qu‘ayant à plusieurs reprises indiqué ma disponibilité et mon souhait d’être pleinement associé aux actions de soutien au nucléaire dans le cadre de France Relance, les ministères ne m‘ont jamais sollicité pour participer aux réflexions et évaluations ayant conduit aux différentes mesures mises en place… »

Un véritable pavé dans l‘affaire à l‘encontre des intentions du gouvernement et qui vient corroborer aussi les accusations de l’ancien commissaire à l’Énergie, Yves Brechet, interrogé début décembre devant cette même commission et qui n’a pas caché ses doutes lui non plus sur la véritable volonté des autorités de relancer l’industrie nucléaire en France. Yves Bréchet rajoutant avec une pointe d‘humour : « Parfois, je me suis demandé si quand j’envoyais mes rapports, ça aurait vraiment changé quelque chose si je les avais envoyés reliés des deux côtés. »

Une charge sans appel vis à vis de nos gouvernants pour mettre en place une véritable relance énergétique nucléaire.

Le double jeu du gouvernement en matière nucléaire n’est peut-être pas encore terminé. D’autant que l’activisme des Verts veille au grain.



Brèves

1°) DÉPENDANCE AU GAZ

ATLANTICO (extrait)

Complètement dans le gaz : après la dépendance européenne à la Russie, celle au Qatar ou à l’Algérie ?

Avec le conflit en Ukraine et les conséquences que cela engendre au niveau de l'approvisionnement en gaz, l'Europe cherche à nouer des accords avec le Qatar et l'Algérie.


2°) CEREME : Union européenne

  • La présidence suédoise du Conseil de l’UE a indiqué dans un document listant les chantiers du premier semestre 2023 de la réforme du marché de l’électricité, sortie des fossiles et nucléaire, que « les priorités seront de suivre de près l’évolution des marchés de l’énergie […], de traiter toute nouvelle proposition d’urgence et de réformer la conception du marché de l’électricité de l’UE »

  • La sortie des énergies fossiles, notamment russes, figure au nombre des priorités listées par le Premier ministre, Ulf Kristersson, dans son discours au Parlement suédois du 14 décembre : il entend « poursuivre les négociations sur l’augmentation de la production d’énergie non fossile », y compris dans le cadre du paquet gazier, et garantir la possibilité pour les États « qui le souhaitent […] de construire de nouvelles centrales nucléaires ». La présidence prévoit enfin de poursuivre les travaux sur les directives énergies renouvelables (RED II) et efficacité énergétique (EED), actuellement en trilogue, ainsi que sur l’efficacité énergétique des bâtiments (EPBD) et le règlement méthane, sans toutefois se fixer d’objectif de conclusion des négociations.









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